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Jeudi 3 avril 2008
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L’audisme se est présent à tous les paliers de la société et du gouvernement sous la forme de préjugés, de discrimination ou de comportements discriminatoires directs, indirects ou systémiques à l’égard des personnes Sourdes.

L’audisme est inacceptable au même titre que le sexisme, le racisme, l’âgisme et d’autres formes de discrimination.

De nombreux Canadiens Sourds font l’expérience de préjugés et discrimination fondés sur leur différence de la majorité non-Sourde. L’ignorance et l’inattention sont les causes principales de cette discrimination. Et elle est souvent institutionnelle, systémique ou attitudinale. Aucune forme de discrimination n'est acceptable.

L’audisme se manifeste sous deux aspects généraux. L’un est la présomption ou la croyance qu’il faut encourager (ou même forcer) les personnes qui sont sourdes à être autant que possible comme les non-Sourds. L’autre est le fait de s’octroyer le contrôle des personnes Sourdes, de leur retirer le pouvoir, en prenant des décisions au sujet de leurs langues, de leur éducation, des services qu’il leur faut, et ainsi de suite ; et ce, sans beaucoup de consultation, ou même aucun apport des personnes Sourdes et sourdes et la communauté des Sourds.

La supposition selon laquelle les personnes Sourdes et sourdes doivent être comme les non-Sourds implique une répudiation du langage des signes et de la culture des Sourds, la fixation sur l’idée de « surmonter » l’obstacle de la surdité, la promotion évangélisatrice de « l’audition » et de la parole, et une attitude pathologique relative à la surdité. Il y a également la croyance implicite qu’une personne qui ne peut pas entendre est, par le fait même, inférieure à celles qui le peuvent.

Le deuxième aspect de l’audisme — s’octroyer le contrôle des personnes Sourdes — a été résumé par Harlan Lane dans une simple phrase : « Les personnes entendantes exercent un contrôle énorme sur la vie des personnes Sourdes. » Par exemple, ce sont des non-Sourds qui prennent des décisions sur le choix de langue, des options éducatives, de la prestation de services, de l’emploi et sur d’autres éléments de la vie quotidienne d’une personne sourde. Des non-Sourds qui travaillent dans des postes de télévision, au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), et dans des compagnies de production décident si les personnes Sourdes et sourdes auront accès à la programmation télévisuelle et cinématographique grâce au sous-titrage. Des non-Sourds autorisent les codes de construction, les normes architecturales et les règlements de sécurité qui régissent les décisions de fournir, ou non, des alarmes visuelles, et des édifices accessibles aux personnes Sourdes. Ce sont des non-Sourds dans les compagnies de télécommunications, au CRTC et dans les lieux publics (p. ex., les propriétaires de centres d'achat) qui décident si les personnes Sourdes auront accès à des téléphones publics. Les personnes Sourdes n'ont pas le même pouvoir de prendre ou d’influencer des décisions qui affectent leur propre vie que les personnes non-Sourdes.

Il faut souligner que des personnes Sourdes, sourdes, devenues sourdes, ou malentendantes pourraient aussi manifester des tendances audistes. Elles auraient pu intérioriser les suppositions audistes dont elles sont bombardées tous les jours. Des gens qui ont été traités d’inférieur à cause de leur surdité pourraient trouver que le seul moyen d’être bien dans leur peau est de s’en prendre à d’autres personnes Sourdes ou sourdes en les opprimant ou en les dénigrant.

Il y a encore des obstacles en ce qui concerne les attentes et le comportement des employeurs, des éducateurs et des fournisseurs de services. Le fait est que la surdité n'est pas une maladie, un trouble ou une déficience de la santé ; ce n'est pas non plus une menace à la santé ou à la sécurité d’autrui. Par exemple, des recherches ont démontré que les conducteurs Sourds ont de meilleurs dossiers de sécurité de conduite. Pourtant, l’Association médicale canadienne, un organisme que l’on pourrait croire au courant, a adopté la position que la surdité pose un danger à la conduite sécuritaire. C’est ironique, mais la même association a rapporté que les conducteurs non-Sourds affichent un taux élevé d’accidents parce qu’ils parlent au téléphone cellulaire et qu’ils écoutent de la musique. Leurs suppositions au sujet des conducteurs Sourds comparées à leurs faits au sujet des conducteurs non-Sourds, représentent un exemple flagrant de discrimination attitudinale et factuelle : en d’autres termes, un exemple d’audisme.

Les employés Sourds ont généralement de meilleurs dossiers de ponctualité et d’assiduité au travail que leurs collègues non-Sourds. Leurs dossiers de sécurité au travail ne sont pas pires que ceux des employés non-Sourds, surtout si de simples précautions ou accommodements sont mis en place. Par exemple, des alarmes visuelles servent à tout le monde, pas seulement aux personnes Sourdes, et ne représentent pas souvent, probablement jamais, un important coût irrécupérable. Pourtant, de nombreux employeurs continuent à supposer que la sécurité au travail serait compromise par des employés Sourds, ou que la surdité mène à l’absentéisme et au manque de ponctualité, et que les accommodements coûtent trop cher.

Le Canada ne manque pas de services et ou de programmes éducatifs pour les Sourds. Cependant, ces programmes et organismes sont dominés par des non-Sourds, et certains d’entre eux imposent leurs comportements et leurs attentes de non-Sourds à leurs clients et collègues Sourds. La sincérité ou des « bonnes intentions » des fournisseurs de service et éducateurs non-Sourds ne sont pas en doute : ils sont nombreux à avoir travaillé avec des personnes Sourdes sur la base de respect réciproque et de collaboration. L’enjeu fondamental est de savoir pourquoi les services aux Sourds ne sont pas fournis et contrôlés par des personnes Sourdes et des organismes des Sourds.

De nombreux non-Sourds voyant la pauvreté de l’aptitude à écrire de certaines personnes Sourdes supposent qu’elles sont illettrées ou inintelligentes à cause de leur surdité. La réalité est que, pour bien des personnes Sourdes, le langage écrit et parlé est une seconde langue, et qu’elles n'ont peut-être pas été suffisamment bien formées en leur première langue qui est visuelle. Les préjugés et la discrimination contre les langues visuelles comme l’ASL et le LSQ — une des formes les plus claires d’audisme — ont des effets profonds sur l’acquisition du langage.

On nous dit souvent que « les Sourds doivent apprendre l'anglais ou le français (mais pas la langue des signes) parce que lorsqu’ils seront adultes, ils devront fonctionner dans la société entendante et il leur faudra connaître ces langues pour trouver un emploi, être heureux et mener une vie pleine et utile. » Selon ce raisonnement, les personnes aveugles devraient apprendre à voir puisque lorsqu’elles seront grandes, elles devront fonctionner dans la société « voyante ». Les utilisateurs de fauteuil roulant devront apprendre à marcher parce qu’ils grandiront dans une société de marcheurs. Les personnes handicapées par un retard de développement devront apprendre à être « intelligentes » puisqu’elles devront vivre dans une société qui n'a pas leur handicap. Et les filles devront se changer en homme parce qu’elles les remplaceront dans la société patriarcale.

Si la langue des signes est si mauvaise qu’elle ne doit pas être enseignée aux Sourds, pourquoi est-ce que les mêmes écoles qui refusent de l’enseigner aux Sourds n'hésitent pas à le faire à des étudiants non-Sourds adolescents et adultes ? Pourquoi des professionnels de la santé et des éducateurs de la petite enfance font-ils campagne contre l’enseignement de la langue des signes aux enfants sourds, et font la promotion enthousiaste de ce même enseignement aux enfants non-Sourds parce qu’on a prouvé que cela accélère le développement du cerveau et surmonte d’autres troubles de la communication comme l’autisme ? Pourquoi est-ce que les défenseurs du bilinguisme (français-anglais) font vigoureusement la promotion de l’apprentissage de la langue seconde par des bébés non-Sourds pendant que les institutions audistes font vigoureusement la promotion de l’enseignement exclusif d’une langue parlée aux bébés Sourds ? La réponse à toutes ces questions est simple : l’audisme.

L’Association des Sourds du Canada fait appel à tous les paliers de gouvernement, aux organismes de service, aux programmes d’éducation des Sourds, aux professionnels qui œuvrent pour la communauté des Sourds, aux médias, et aux organismes des Sourds partout au Canada afin qu’ils collaborent pour éliminer l’audisme par le biais de l’éducation, la formation et le développement de politiques visant l’élimination des croyances diffamatoires, des suppositions erronées, et des stéréotypes déshumanisants sur les personnes Sourdes.

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